Trois questions à mon libraire – La librairie Durance

Cette semaine, c’est Daniel Cousinard, gérant de la Librairie Durance, qui s’est prêté au jeu de nos questions. Il nous livre son ressenti sur la période que nous avons traversé et quelques recommandations littéraires. La Librairie Durance, installée 4 allée d’Orléans à Nantes, a réouvert ses portes au public le 11 mai et a pu retrouver ses clients progressivement.

  • Comment s’est passé le confinement pour la librairie et les libraires ? Avez-vous eu des demandes de e-books ?

Le caractère brutal du confinement a créé un besoin immédiat de lien. Nous avons gardé le contact au sein de l’équipe à travers des échanges réguliers sur la situation. Et puis, il a été très vite décidé de maintenir aussi le lien avec nos clients. Des newsletters plus fréquentes et des publications presque quotidiennes sur les réseaux sociaux, notamment autour des bibliothèques de Léon.

Chaque libraire a photographié sa bibliothèque personnelle et partagé quelques-unes des pépites s’y trouvant. Nous avons invité nos clients mais aussi des auteurs, illustrateurs ou éditeurs à partager la leur. Nous avons reçu beaucoup de belles propositions et pensons utiliser cette matière pour une future exposition.

Les libraires ont, bien sûr, publié et partagé leurs lectures du confinement. Et comme la librairie était fermée, nous avons invité nos clients à se reporter vers notre offre d’ebooks. La demande a plus que doublé pendant le confinement. Beaucoup de personnes ont profité de cette période pour tester ce nouveau mode de lecture.

  • Comment gérez-vous la réouverture ?

Cela se passe plutôt bien. Les incertitudes quant à l’organisation et la mise en place des conditions de sécurité ont vite laissé place à la joie des retrouvailles. Celles de l’équipe tout d’abord, qui a réinvesti les lieux quelques jours avant pour préparer l’ouverture. Mine de rien, nous n’avions jamais été séparés si longtemps ! Même si le contact avait été gardé, l’énergie du groupe et de l’activité nous manquait. Et puis, il y a eu le plaisir de retrouver nos clients. On a senti qu’il y avait de l’impatience (les réservations sur notre site ont été multipliées par 6 les jours précédant l’ouverture). De l’émotion aussi. Beaucoup de témoignages de sympathie. Cela nous a beaucoup touché évidemment.

Nous sommes très attentifs aux conditions sanitaires. Nous accueillons chaque personne à l’entrée pour l’orienter et la faire patienter si besoin. Beaucoup nous sont reconnaissants de ce dispositif rassurant qu’ils ne retrouvent par partout ailleurs.

  • Avez-vous un coup de cœur de lecture du confinement ?

Impossible de n’en citer qu’un. Le confinement a été l’occasion de rattraper un peu de retard. Le Ghetto intérieur de Santiago Amigoréna, paru l’été dernier, m’a fait très forte impression. On est en Argentine, en pleine seconde guerre mondiale. Le narrateur, fils d’une famille juive polonaise vient d’émigrer. Sa mère est restée à Varsovie et se retrouve coincée dans le Ghetto juif. Un livre puissant sur l’exil, la discrimination et la culpabilité.

Plus récent, Love me tender de Constance Debré, un livre brut, cinglant, qui interroge la vie, nos rapports familiaux, notre quête de sens. Ou Giula Foïs, Je suis une sur deux, un témoignage fort sur le viol et les mécanismes effroyables à l’œuvre dans et autour de ces crimes.

Et pour finir, un livre de circonstance, Economie utile pour des temps difficiles, de la prix Nobel française Esther Duflo et de son acolyte Abhijit V. Banerjee. Un pavé simple et pédagogique pour sortir des clichés et discours politiques tout faits et essayer de mieux comprendre notre monde.

Retrouvez la librairie Durance sur leur site web :
https://www.librairiedurance.fr/